Je rêve parfois que nous sommes seuls sur terre, qu'il ne reste plus que nous deux, plus quelques autres qu'on aime, chacun un ou deux amis proches et sincères, peut être même un membre de notre famille, et puis des animaux (mais ça, il parait que ça ne compte pas, puisqu'on en rit...).

Dans ma bulle il y a lui, et moi je suis dans la sienne. On s'est accrochés l'un à l'autre, comme deux bouées qui s'entrechoquent et se collent dans la melée, le grand fracas ambiant et l'absurdité morbide de ce qui nous entoure.

Puisqu'on ne se sentait pas très famille, un jour on s'est dit : voilà, on est deux, on est une famille, et c'est la nôtre et n'y rentrera pas qui veux. Il faut un laisser passer, représentant les valeurs qui sont importantes à nos yeux, qui ont les mêmes mots de passe et les même secrets.
En fait, je dis qu'on ne se sentait pas très famille, en réalité on a tous les deux le défaut d'avoir eu une famille défaillante, destructrice. Le choix a donc été relativement facile. Malgré ça, il reste notre bulle.

Pour autant, nous ne sommes pas fusionnels, comme tous ces couples qui s'aiment et qui se déchirent (parce que la fusion tue).

On peut encore passer des heures à discuter sans avoir fait le tour de rien, ou mettre de côté tout ce qu'on n'a pas envie de faire, ou se donner l'un à l'autre sans rien attendre en retour.

Je crois que je n'aimerai jamais personne d'autre que lui, pas parce que ce serait une sorte de fatalité, mais parce que je le veux (comme on dit).

Un jour ça sera la fin, la bulle éclatera, mort ou rupture, qui sait... J'aime pas les bulles qui éclatent, mais je n'en ai pas peur du tout.

Parfois on nous reproche de ne vouloir être que nous deux, tout le temps. Franchement, on s'en fiche pas mal. Quand on a décidé de passer 4 jours ensemble, ça sera tous les deux, même si des gens frappent à la porte, même si le téléphone sonne, même si y avait un truc de prévu, rien à faire.
Qu'ils se fichent de nous, franchement ça ne nous fait ni chaud ni froid, parce que dans notre bulle on oublie tout, on n'entends rien d'autre que nous, on ne voit rien d'autre et surtout on fait ce qu'on a envie de faire. On ne s'oblige pas à aller aux fêtes de familles à la noix quand on ne veux pas y aller, on n'écoute pas les gens qui disent : "ça fait un bail que je ne t'ai pas vu" et surtout les reproches on les met à la poubelle...

Bientôt, si tout se passe comme prévu, on sera trois dans notre bulle et nous en seront les gardiens éternels contre tous les gens à qui on refuse ou refusera l'accès.

Je crois qu'on ne peut pas aimer énormément 1000 personnes, je crois qu'on ne peux pas aimer beaucoup 10 personnes, mais je crois qu'on peut aimer profondément 5 personnes. (Et quand je dis profondément, c'est dans le vrai sens du terme, aimer jusque dans ses os, aimer sans condition et aimer pour toujours).

Tout n'a qu'à s'effondrer autour de nous, la bulle tiendra.