La tempête qui gronde en moi
Quand elle commence à gronder, et que le vent se lève, je m'électrise. Je sens le vent filer, le ciel devenir plus proche de la terre et j'ai une envie folle de courir avec l'orage pour ne faire qu'un avec lui.
Si j'étais américaine, je crois que j'habiterai quelque part dans Tornado Alley pour chasser les monstres de vent, je dois être folle, inconsciente et peut être encore jeune.
J'ai hérité du baromètre de mon grand oncle, je l'ai installé en bonne place et tous les jours je bouge l'aiguille rouge afin de connaître la pression atmosphérique, et lorsque l'aiguille descend d'un coup, je sens l'orage et je scrute le bout de ciel que je peux appercevoir de chez moi.
Le premier été qu'on a passé ici, c'était l'été caniculaire de deux mille cinq, un jour un orage s'est levé, j'ai entrainé geek dehors, nous nous sommes postés sur le pont en face de la citadelle pour attendre que la tempête nous happe et être aux premières loges. Le tonerre hurlait, le ciel cligontait de partout, et la pluie nous a trempés jusqu'aux os. Seule la grêle a réussi à me décrocher de là (aïe aïe aïe) et mon geek trempé qui voulait rentrer.
Depuis toute petite je ne peux me défaire de cette envie irrépressible de voir le ciel se déchaîner au dessus de moi etd'avoir des visions d'apocalypse. J'aime les grosses averses, le vent qui nous coupe le souffle et nous renverse, le tonerre grondant et effrayant, les arbres qui ploient, l'herbe qui danse avec eux.
Et puis ensuite, quand l'enfer se retire, je me sens appaisée, comme nettoyée de tout, et j'ai l'impression que le ciel est lavé lui aussi, il est souvent si beau après... Et puis les fourmis ailées s'envolent, et ça pullule d'escargots baveurs et de limaces gluantes.
Un jour, à cause de cette folie, j'ai failli me ramasser un arbre sur la tête. Il y a eu une grosse tempête, les vents étaient forts, surtout à Bois-de-Villers, à la radio on disait : restez chez vous et on disait aussi que plusieurs routes avaient été fermées à cause de chutes d'arbres et de pylones. Mais moi je n'ai pas résisté, j'ai décidé de rendre visite à mon voisin Cédric qui habitait à 1 km de là. Le vent était si fort qu'on entendait plus rien du tout, il soufflait de côté, ainsi j'avais un côté trempé et un côté plus ou moins sec. Au bout de la route j'ai vu mon voisin qui m'attendait, inquiet. Tout d'un coup j'ai vu passer dans ses yeux un truc bizarre, il a ouvert la bouche puis l'a refermé et a commencé à marcher vers moi... Le vent était si fort que je n'ai même pas entendu cet arbre tomber à un mètre derrière moi...
Les deux plus belles tempêtes que j'ai jamais vues c'était quand j'étais petite. La première s'est passée en Ardennes, on était tous restés chez mon grand oncle, la tempête se déchainait dehors. Et le toit s'est même envolé.
La deuxième c'était dans les cévènes, on faisait du camping quand une grosse tempête s'est pointée, il parait qu'à la montagne les orages sont spectaculaires, ce fut le cas, le vent a soufflé toute la nuit, la pluie et même les grelons et les éclairs qui m'empêchaient de dormir, c'était génial. Le lendemain matin on avait entendu à la radio que deux campeuses (qui campaient sous un arbre dans la montagne... -_-) s'étaient faites foudroyées.
Je sais que je ne devrai pas me réjouir lorsque je vois un monstre dans le ciel, parce que parfois des gens en meurent et perdent leurs biens, mais c'est presque impossible à refreiner.
En moi je sens d'abord une excitation, et une grande attente, priant presque pour que les nuages s'arrêtent pile au dessus de ma tête, comptant les secondes séparant les éclairs du tonnerre, et lorsqu'enfin la symphonie commence, je me sens comme un chef d'orchestre, tout mon corps battant la mesure et rêvant d'être un jour une goutte de pluie dans une grosse tempête. Et quand le nuage s'en va, je me sens appaisée, de plus en plus appaisée, comme déchargée et avec des images infernales de cette orage encore plein les yeux.
Je ne serai pas surprise si une voyante me prédisait qu'un jour le ciel allait m'assassiner et que c'est comme ça que je mourrai, parce que l'électricité du ciel m'enlève toute prudence et tout instinct de survie, je deviens comme un animal dégénéré qui n'aurait pas peur de son prédateur. Mais c'est une belle mort après tout. Mourir un jour de grosse tempête... je préfererais ça que de mourir un jour gris ou un jour bleu, parce que mourir dans un orage ce serait un peu comme partir comme j'ai vécu.
Ils l'ont dit !